| life instead |

Plutôt la vie que ces prismes sans épaisseur même si les couleurs sont plus pures
Plutôt que cette heure toujours couverte que ces terribles voitures de flammes froides
Que ces pierres blettes
Plutôt ce cœur à cran d’arrêt
Que cette mare aux murmures
Et que cette étoffe blanche qui chante à la fois dans l’air et dans la terre
Que cette bénédiction nuptiale qui joint mon front à celui de la vanité totale

Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses draps conjuratoires
Ses cicatrices d’évasions
Plutôt la vie plutôt cette rosace sur ma tombe
La vie de la présence rien que de la présence
Où une voix dit Es-tu là où une autre répond Es-tu là
Je n’y suis guère hélas
Et pourtant quand nous ferions le jeu de ce que nous faisons mourir

Plutôt la vie

Plutôt la vie plutôt la vie Enfance vénérable
Le ruban qui part d’un fakir
Ressemble à la glissière du monde
Le soleil a beau n’être qu’une épave
Pour peu que le corps de la femme lui ressemble
Tu songes en contemplant la trajectoire tout du long
Ou seulement en fermant les yeux sur l’orage adorable qui a nom ta main

Plutôt la vie

Plutôt la vie avec ses salons d’attente
Lorsqu’on sait qu’on ne sera jamais introduit
Plutôt la vie que ces établissements thermaux
Où le service est fait par des colliers
Plutôt la vie défavorable et longue
Quand les livres se refermeraient ici sur des rayons moins doux
Et quand là-bas il ferait mieux que meilleur il ferait libre oui

Plutôt la vie

Plutôt la vie comme fond de dédain
A cette tête suffisamment belle
Comme l’antidote de cette perfection qu’elle appelle et qu’elle craint
La vie le fard de Dieu
La vie comme un passeport vierge
Une petite ville comme Pont-à-Mousson
Et comme tout s’est déjà dit

Plutôt la vie

[André Breton, Clair de terre, 1923]

| Plutôt la vie, Paris, Édouard Boubat, 1968 |
| Plutôt la vie, Paris, Édouard Boubat, 1968 |

Choose life instead of those prisms with no depth even if their colors are purer
Instead of this hour always hidden instead of these terrible vehicles of cold flame
Instead of these overripe stones
Choose this heart with its safety catch
Instead of that murmuring pool
And that white fabric singing in the air and the earth at the same time
Instead of that marriage blessing joining my forehead to total vanity

Choose life

Choose life with its conspiratorial sheets
Its scars from escapes
Choose life choose that rose window on my tomb
The life of being here nothing but being here
Where one voice says Are you there where another answers Are you there
I’m hardly here at all alas
And even when we might be making fun of what we kill

Choose life

Choose life choose life venerable Childhood
The ribbon coming out of a fakir
Resembles the playground slide of the world
Though the sun is only a shipwreck
Insofar as a woman’s body resembles it
You dream contemplating the whole length of its trajectory
Or only while closing your eyes on the adorable storm named your hand

Choose life

Choose life with its waiting rooms
When you know you’ll never be shown in
Choose life instead of those health spas
Where you’re served by drudges
Choose life unfavorable and long
When the books close again here on less gentle shelves
And when over there the weather would be better than better it would be free yes

Choose life

Choose life as the pit of scorn
With that head beautiful enough
Like the antidote to that perfection it summons and it fears
Life the makeup on God’s face
Life like a virgin passport
A little town like Pont-á-Mousson
And since everything’s already been said

Choose life instead

[André Breton, Earthlight,1923]

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